Extrait de "Le temps d'une messe"

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Max se coupa la joue pour la troisième fois en quelques minutes. Il étouffa un juron et attrapa sa serviette pour stopper le saignement. Sa main tremblait comme une feuille au vent et il laissa échapper son rasoir qui tomba dans le lavabo.

— Merde, lâcha-t-il cette fois à haute voix.

Il s’approcha de la glace pour étudier ses blessures. Elles paraissaient superficielles mais saignaient abondamment. Il appuya un peu plus fort dessus et contempla son reflet. Deux larmes, parfaitement symétriques, roulèrent sur ses joues. Le miroir lui renvoya une image qui ne lui plut guère ; celle d’un homme de trente ans venant de perdre son frère jumeau.

L’émotion devint incontrôlable et Max se mit à pleurer, enfouissant son visage dans la serviette. Il resta ainsi quelques instants, appuyé contre la vasque, essayant de retrouver le contrôle de lui-même. Inspirant profondément à plusieurs reprises, il finit par stopper la cascade de sanglots. Les yeux rougis, il termina tant bien que mal son rasage, sans se couper et quitta la salle de bain. Il se dirigea vers la penderie et en sortit son costume anthracite, le seul qu’il possédait à vrai dire. Soupirant une nouvelle fois, il s’habilla lentement, comme s’il endossait une armure de plomb. Il contempla une fois de plus son image dans le miroir de la chambre. Il se fit presque peur.

Reprends-toi, se dit-il, on dirait un zombie. Toi, au moins, tu es vivant. 

Quelqu’un, un jour, avait dit que la mort était plus pénible pour ceux qui restaient.

Il avait raison, pensa Max.

Tournant les talons, il descendit dans l’entrée et se prépara à partir pour l’enterrement de son frère.

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Sylvie Darreau 01/06/2010 10:44


Cher Monsieur Merci de bien vouloir me communiquer votre mail afin que je puisse vous écrire personnellement. Très cordialement. Sylvie Darreau


Christophe MORISSET 01/06/2010 18:50



christophe.morisset1@9online.fr